Vous pouvez maintenant vous demander, quand j’évoque tant d’écueils passés, quelles raisons, puissantes ont permis à notre entreprise de vaincre les critiques inconsidérées des uns et de dirimer l’obstruction
systématiques des autres.
En d’autres termes pourquoi l’idée d’un Institut d’Etudes Cinématographiques a-t-elle pu finalement s’imposer à ceux qui, sans parti-pris, (mais à portée d’influence du parti-pris des autres) ont écouté notre proposition.
J’avais jeté dans le débat ce cri d’alarme d’espérance :
« Dans un monde où tant de structures internes éclatées ou lézardées seront bientôt à refaire, il serait excessivement dangereux que le gouvernement actuel de notre pays prorogeat l’indifférence des Anciens à l’égard du
Cinématographe et qu’il s'en remit au jeu de l’argent, de l’arrivisme ou des situations acquises autant dire à une grande
proportion d’affairistes ou de façonniers de seconde zône du soin de créer le film où doit se refléter et se
reconnaître la France qui veut renaître.
Une clairvoyance nouvelle doit à notre sens tout exiger de l’homme qui, demain, par le film exprimera la nation, qui par le film sera le porte-parole de la Nation vis-à-vis d’elle et vis-à-vis du monde, qui par la force, les nuances, la poésie du Film influera sur la masse des travailleurs, livrés généralement sans défense au redoutable Léthé de la salle obscure.
Mais en retour l’Etat, dans ce qu’il a du moins de plus spirituel doit désormais considérer cet homme, ce réalisateur des Films Français, comme un champion de sa propre cause. Il doit l’entraîner, l’instruire, lui distribuer ses prévenances.
Dès lors, il semble inévitable qu’il ouvre et patronne une Ecole Supérieure d’Art Cinématographique qui entreprenne l’Enseignement Artistique et Technique, et surtout l’Enseignement Humain, des futures Cinéastes Français. »
Et j’ajoutais pour conclure :
« Par l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques il faut espérer que se formera une phalange d’artistes, de techniciens du Film, qui dans la paix revenue pourront travailler non seulement en France, mais aussi dans les nouveaux centres de Production qui se sont mis à fonctionner en si grand nombre à l’étranger.
Exportation spirituelle d’un prix inestimable pour un Pays qui y trouva toujours son meilleur avantage. Ces hommes en effet seront tout désignés, -ambassadeurs indirects,- pour représenter au loin comme chez nous, notre culture, notre goût et, par-dessus tout, rayonnant à travers leur
connaissance cinématographique, la plus pure qualité française.